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Désertion, patriarcat, violences sexistes et sexuelles

Hello à tousxtes,

Cela fait un bail qu’on n’a pas donné de nouvelles. Et aujourd’hui, on revient avec un communiqué sur une situation de violences sexistes et sexuelles (VSS) produite par un des membres des DZH, à l’égard d’une autre membre des DZH. Pour que ça reste pas sous silence. Parce qu’en parler, c’est se responsabiliser collectivement. Pour rappeler que les logiques d’omerta, le silence, l’inaction et la protection des auteurs de violences, sont inacceptables. Et pour que cela puisse permettre à chacun·e d’être vigilant·e, pour soi-même et pour ses proches. On commence d’abord par la présentation de la situation, pour mettre en évidence les mécanismes de violences, et on termine sur ce que doit nécessairement impliquer, selon nous, d’incarner une posture de désertion.

La situation

De 2022 à 2024, B., une des membres du collectif des DZH, a été victime de violences conjugales – psychologiques et sexuelles – de la part d’un autre membre des DZH, C. Nous affirmons que ces violences s’inscrivent dans la reproduction de l’exploitation patriarcale des personnes sexisées par les hommes cisgenres hétérosexuels. Et nous observons que cela s’est fait, entre autres, par l’instrumentalisation d’outils d’émancipation féministes, notamment les relations libres et la « déconstruction » du couple hétérosexuel.

En septembre 2024, B., a demandé à C. de s’engager dans un processus de justice transformative à son égard, un processus dans lequel un·e de nos autres membres, D., s’est longuement investi·e, en soutien à B.

Si C. a au début participé, reconnu une partie des faits et démarré les réparations demandées (notamment un remboursement partiel de frais de soin pour B.), il n’a eu de cesse d’omettre consciemment des informations structurantes, de maintenir des flous et des engagements fragilisant le processus, d’empêcher des échanges essentiels, de discréditer les besoins de la victime et la culpabiliser, de minimiser ses actes, et de contester sa responsabilité dans les conséquences de ses actes et donc dans les réparations demandées. Il s’est plus préoccupé des conséquences sur sa vie de la désilenciation des violences qu’il a produites, plutôt que des conséquences de ses violences sur la B..

Pour se soustraire à ses responsabilités, C. s’est appuyé sur des arguments lourdement sexistes et propres à la culture du viol. Par exemple, il a considéré que les viols seraient des « ressenti de viols », il a parlé « d’abus de confiance » pour ne pas nommer les violences psychologiques et les viols qui en découlent. Aussi, qu’il faudrait « cadrer » B. dont les « analyses » seraient faussées par des « traumas » et une prétendue « souffrance infinie ».

En janvier 2025, lorsqu’il a été demandé à C. de :

  • rembourser l’intégralité du coût économique des violences à B.,
  • ne pas revenir dans les espaces militants que B. fréquente – et suggéré de ne pas revenir dans les espaces militants tant qu’il n’y aurait pas une transformation de ses postures patriarcales et une reconnaissance pleine et entière de ses VSS

C. a :

  • tout refusé, notamment en instrumentalisant sa « précarité » choisie pour ne pas rembourser l’intégralité du coût des violences à B.;
  • rompu tout dialogue;
  • entamé des tentatives de retours dans les espaces que la victime lui avait explicitement demandé de lui laisser tout en diffusant des informations biaisées hors du cadre du processus de justice pour assoir un contrôle sur la situation;
  • évoqué une poursuite juridique pour diffamation et harcèlement à l’égard de la victime et de son entourage s’il y avait un call-out avec le mot « viol » utilisé, s’appuyant sur le fait que « la loi française » était de son côté.

La désertion doit chercher à abolir tous les rapports de domination

Si C. a pu faire tout ça, c’est parce qu’il a été, et qu’il est encore, couvert par des ancien·nes élèves d’AgroParistech et de Polytechnique – école dont il est diplômé. Malgré la connaissance de ces faits, ces personnes ont refusé de coopérer avec B. et de la croire pleinement, l’ont stigmatisée et mise à l’écart, ont cessé toute communication, omis de transmettre des informations structurantes, et saboté ses demandes de sécurisation, de reconnaissances et de réparations. Elles n’ont pas alerté les autres collectifs concernés. Ces personnes ont proposé à C. une solution de sortie – logement, emploi – lui permettant d’éviter de rendre des comptes. Selon C, ces personnes lui auraient conseillé d’engager une procédure juridique punitive à l’encontre de la victime et de son entourage si celleux-ci continuait à alerter, demander des comptes et à qualifier les faits de viols.

Aux dernières nouvelles, ce groupe de personnes, dont C., campent encore sur leurs positions.

Cette situation illustre une solidarité de classe – sociale et patriarcale.

Ces personnes s’inscrivent pourtant dans des logiques de désertion en s’installant en agriculture paysanne dans des fermes collectives et des organisations alternatives et militantes dites progressistes, qui revendiquent des valeurs de justice sociale, d’autonomie et d’émancipation. Or, couvrir des violences sexistes et sexuelles, discréditer une victime et couvrir un agresseur est incompatible avec ces engagements.

Même si nos parcours de désertion peuvent nous amener à une précarité matérielle, on ne peut oublier que celle-ci est parfois choisie, et que certain-es ont les capacités de rebondir via un capital social ou économique, possédant ainsi un privilège sur celleux pour qui c’est plus compliqué. User de ce privilège pour se soustraire à une remise en question et à un travail de réparation envers quelqu’un qui a subi des violences de notre part équivaut à participer en surface à une démarche de désertion. Le rapport de force féministe que l’on peine à installer dans nos milieux ne peut être effectif si certains ont la possibilité de s’en extraire dès lors qu’ils sont rappelés à l’ordre par leurs camarades.

Dans cette situation, on retrouve la même tendance à profiter de ses privilèges sans les remettre en question dans les dynamiques collectives, comme on a pu le voir lors des rencontres de la désertion de Septembre 2023 en Normandie où la majorité de mecs cishet présents ont vu les questions féministes comme une corvée qui les détournaient de « vrais sujets », et ont brandi tout plein d’excuses pour éviter d’écouter les revendications des personnes sexisées : « j’ai mieux à faire, je connais déjà le sujet, je connais mon pote il est safe (lol), je veux pas qu’on me dirige »

Nous voulons réaffirmer que la désertion des sphères de pouvoir pour se mettre au service des luttes sociales implique indissociablement de déserter le patriarcat. La désertion n’est sincère et n’a de sens que si elle inclut une rupture concrète avec les mécanismes de domination — y compris quand cela nous coûte, et non seulement comme une forme de passe-temps « alternatif ». En clair : nos désertions ne sont qu’un costume si on peut choisir quels jours on le revêt.

Cela signifie, a minima :

  • cesser d’alimenter la culture du viol, et tout faire pour la combattre ;
  • ne pas manipuler les outils d’émancipation des personnes sexisées pour reconduire des rapports de domination ;
  • ne pas utiliser ses privilèges juridiques et sociaux pour intimider, menacer ou faire taire les dominé·es ;
  • ne pas instrumentaliser une « précarité » choisie pour refuser d’assumer les conséquences matérielles de ses violences.

Et, au contraire :

  • utiliser ses privilèges – comme un capital économique ou social – pour soutenir les personnes dominées ;
  • rompre activement avec les logiques d’omerta ;
  • confronter les auteurs de violences, d’autant + lorsque ce sont nos proches et nos camarades ;
  • accepter de rendre des comptes car la réparation n’est pas une option mais une responsabilité.

Merci d’avoir pris le temps de lire ce communiqué. Nous envoyons plein de force à toustes celleux qui ont pu être victimes de ce type de situation, de la force à leurs allié·es également. Et nous espérons que celleux qui se reconnaissent dans ces comportements puissent s’engager dans des voies de transformation.